Péché « aboriginel »

 Nous naissons tous innocents.
Nous devenons tous coupables.
Dans cette vie tu deviens coupable d’être toi.
Être soi-même, c’est ça le Péché « aboriginel »,
Le pire de tous les péchés.
C’est un péché que l’on ne te pardonnera jamais.
Nous les Indiens sommes tous coupables,
Coupables d’être nous-mêmes.
On nous enseigne cette culpabilité dès la naissance.
Nous l’apprenons consciencieusement.
A chacun de mes frères et à chacune de mes s
œurs
Je dis,
Sois fier de cette culpabilité.
Tu n’es coupable que de ton innocence,
D’être toi-même,
D’être indien,
D’être humain.

Être coupable te rend sacré.

 LEONARD PELTIER

Lame de mon esprit

 Je n’ai pas de présent
Je n’ai qu’un passé
Et, peut-être, un futur.
On m’a pris mon présent.
On me laisse dans un espace vide
Dont je sculpte l’obscurité de la lame de mon esprit.
Je doit me refaçonner
Depuis le néant de l’espace barbelé.
Je connaîtrai l’extase
Mais aussi la douleur
De la liberté.
Redevenir ordinaire.
Oui, ordinaire,
Cette situation terrifiante,
Où tout est possible,
Où la réalité du présent doit être affrontée.

 LEONARD PELTIER

Cri d’aigle

 Écoutez –moi !
Écoutez !
Je suis la voix indienne.
Entendez mon cri porté par le vent,
Entendez mon cri porté par le silence.
Je suis la voix indienne.
Écoutez-moi !
Je parle au mon de nos ancêtres.
Leurs âmes tourmentées vous appellent depuis la tombe.
Je parle pour les enfants à naître.
Ils vous appellent depuis le silence inexprimé.
 Je suis la voix indienne.
Écoutez-moi !
Je suis le porte-parole de millions de voix.
Entendez-nous !
Notre cri d’aigle ne sera pas bâillonné !
Nous sommes votre conscience qui appelle.
Nous sommes vous
Pleurant silencieusement à l’intérieur.
 Que ma voix étouffée soit entendue.
Que mon c
œur parle et dise les mots en un murmure porté par le vent
À des millions de gents,
À tous ceux qui compatissent,
À tous ceux qui ont des oreilles pour entendre et un c
œur qui bat à l’unisson
 Avec le mien.
Mettez votre oreille contre la terre,
Et entendez le battement de mon c
œur.
Mettez votre oreille contre le vent
Et entendez ma voix.
 Nous sommes la voix de la Terre,
Du futur,
Du Grand Mystère.
Entendez-nous !

 LEONARD PELTIER
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